Une ancienne tuilerie devenue camp d’internement (1939–1942)
Avant d’être un lieu de mémoire, le Camp des Milles était une usine. Construite à la fin du XIXe siècle, la tuilerie produisait briques et tuiles, comme beaucoup d’établissements de la région aixoise riche en argile. À la déclaration de guerre, en septembre 1939, le bâtiment désaffecté est réquisitionné pour interner les ressortissants du Reich présents dans le sud de la France : des Allemands et des Autrichiens, dont un grand nombre avaient pourtant fui le nazisme.
Parmi eux figuraient de nombreux artistes, écrivains, musiciens et universitaires. Les noms de Max Ernst, Hans Bellmer ou Lion Feuchtwanger sont souvent cités, mais ils ne doivent pas faire oublier les milliers d’anonymes qui ont vécu là, dans la poussière de brique, sur la paille des anciens fours, dans l’attente d’une libération ou d’un visa vers les Amériques.
Après la défaite de 1940, sous le régime de Vichy, le camp change de nature et retient des personnes considérées comme « indésirables ». Au cours de l’été 1942, il devient l’un des lieux de rassemblement de la zone non occupée : en août et septembre, plus de 2 000 hommes, femmes et enfants juifs sont déportés depuis Les Milles, via Drancy, vers Auschwitz. Ces repères sont volontairement résumés ; le parcours du Mémorial les détaille et les source avec précision.
Le Mémorial aujourd’hui : mission éducative et transmission
Longtemps restée dans l’ombre, l’histoire du camp a fait l’objet d’un long travail de mobilisation porté par d’anciens internés, des historiens, des associations et des collectivités. Le Site-mémorial ouvre ses portes en 2012. Il est géré par une fondation reconnue d’utilité publique, dont l’ambition dépasse la seule commémoration : transmettre l’histoire, mais aussi aider chacun, et en particulier les jeunes, à comprendre comment une société peut basculer.
Le Mémorial accueille chaque année un large public scolaire, ainsi que des enseignants, des chercheurs, des groupes d’adultes et des visiteurs individuels. Il développe des actions pédagogiques, des expositions temporaires et des rencontres. Cette vocation éducative explique la structure singulière du parcours, que l’on découvre dans la section suivante.